Qu’est ce que le Gothique?
 

    Définir ce qu’est le mouvement gothique c'est comme d’essayer de définir ce qu’est le Grunge. Tous deux sont des sous cultures, c'est à dire qu’elles d’inspirent de cultures déjà existantes. Une chose est sûre, le gothique, malgré sa noirceur, n’a rien à voir avec une secte sataniste. Le mouvement gothique ne véhicule pas d'idéologie, ce n'est donc pas une secte ou une pseudo religion. Bien sur il existe des "trucs" Gothiques: concerts, soirées, films, livres, objets... Mais c'est aussi une façon d'être: pour certains être gothique c'est se fringuer se maquiller, aller dans les soirées, pour d'autres ce n'est pas indispensable, pour d'autres ça va bien au delà, ou encore ne se considèrent pas comme gothiques mais leurs idées et leurs oeuvres sont récupérées par les gothiques. Certains disent que l'individualité est un aspect fondamental, dans ce cas pourquoi certains goths se regroupent-ils en clans? La diversité, les multiples facettes sont la clé de ce mouvement culturel, c'est la seule chose dont on peut être sûrs.
    Mais chercher à définir une fois pour toutes la Culture Gothique et ce qu'elle regroupe, c'est vouloir classer et étiquetter ce qui est inclassable. Ce que je proposerai ici n'est pas un essai d'explication, ni une définition mais un tour d'horizon sur le gothique et ses origines.
 

                1. Art et Littérature.
 

    Dans l’art, dans l’architecture plus particulièrement, le mot Gothique est synonyme de foisonnement de détails, de richesse du décor et des ornements. Par opposition à la période précédente : la période Romane. Il suffit de porter son regard sur une cathédrale pour y retrouver toutes ces caractéristiques.
    On donne le nom de "style gothique international" à une esthétique gracieuse, voire maniérée, qui se répand en Europe à la jonction des XIVe et xVe s., embrassant une grande partie de la sculpture, des arts décoratifs et surtout de la peinture (miniature et panneaux). Préparé par le raffinement de l'enluminure parisienne ou anglaise, par l'évolution de la peinture en Italie (notamment à Sienne : les Lorenzetti), ce style se rencontre en Allemagne et en Bohême (le Maître de Trebon), en Catalogne (Borrassà), dans l'école franco-flamande (Broederlam, les Limbourg), à Paris (miniaturistes), en Italie (L. Monaco, Gentile da Fabriano, Sassetta, Pisanello, etc.). L'esthétique réaliste, les nouvelles valeurs spatiales des Masaccio ou des Van Eyck mettront fin à la féerie narrative et décorative de ce courant au ton aristocratique.

    Dans la littérature, ce qu’on a appelé Roman Gothique c’est un récit tenant à la fois du Merveilleux (le terme qui qualifiait le fantastique à la Renaissance) avec le même bestiaire, animaux fabuleux, nymphes, esprits… Mais avec cette fois l’adjonction et la mise en avant du cadre, du lieu dans lequel se tient l’action. On décrit avec soin les cimetières, collines battues par le vent violent, vallées embrumées, châteaux, caveaux et ruelles sombres des métropoles grandissantes du milieu et de la fin du 19ème siècle. Le Roman Gothique c’est l'appel au folklore, à la mythologie pour créer une œuvre de fiction littéraire dans lequel les prétendues créatures du mal (qui sont souvent des êtres humains comme vous et moi) se liguent contre le ou les héros et les tourmentent dans d’incessants grincements de plancher et soupirs. En fait on peut tout a fait dire que les protagonistes effrayés par le plus petit grincement du plancher d’une vieille masure donnent à leur peur une réalité. Ce grincement devient rapidement le fait d’esprits, la peur gagne le héros de l’histoire qui ne fait que cristalliser ses angoisses sur les bruits incessants dans la bâtisse. Le roman gothique c’est aussi l’intervention de ces créatures malignes dans la trame même du récit, elles sont comme le héros dotées d’une volonté qui leur est propre, et sont capables de contrer les tentatives du héros qui visent à triompher d’elles, ce qu’on ne retrouvait pas dans le Merveilleux, les récits se terminaient toujours bien. Dans le roman gothique, le pessimisme est de rigueur, à aucun moment l’un des deux camps ne sait qui va gagner la partie et la conclusion est bien souvent très sombre. Dans le roman classique le héros arrivait à ses fins et le récit laissait supposer que sa vie allait être des meilleures à l’avenir. Le roman Gothique dérange le lecteur qui aimerait que tout se termine dans un « happy end » général.

On peut dire que le roman gothique fait son apparition avec Le Diable Amoureux de Jacques Cazzotte, tous les éléments y sont déjà. (Lire à ce sujet Les Maudits de Jacques Finné)
 
 

         2. Origines de la culture Gothique moderne.
 

    La culture gothique est actuellement plus que la somme de ses parties. Selon les personnes à qui vous demandez ce qu'est pour elles la Culture Gothique, la réponse est différente. Au final, vous obtenez un panel ahurissant de réponses contradictoires les unes envers les autres, dont la plupart sont des réponses valides. Ces réponses reflètent toutes des éléments d'une vaste sous culture. C’est bien plus qu’une étiquette. La culture gothique est à la fois un style de vie et une philosophie dont les racines sont fermement ancrées dans le passé et le présent.

    L’idée principale qui caractérise cette culture est une pulsion créative et un besoin d'expression compulsif qui cherchent à toucher son public par l'attrait de tout ce qui est sombre et effrayant. Cette démarche peut être à la fois subtile et séduisante ou tout aussi bien cauchemardesque. Elle joue sur les aspects cachés de la société sans admettre leur dualité.  Les médias de cette  libre expression, de cette libre création peuvent être n’importe lequel an passant par un code vestimentaire, l’écriture de nouvelles, ou la composition de musique. L’imagination et l’originalité ont toujours été des éléments clefs de la culture gothique.

    En tant que style de vie, la culture gothique est aussi diversifiée que ses adhérents. Il n’y a pas réellement de vrais stéréotypes ou de code vestimentaire. Tous les goths ne sont pas dépressifs, ne s’habillent pas en noir, n’écoutent la même musique ou utilisent les mêmes moyens d’expression. Cela tend à rendre la diversité gothique assez difficile définir et engendre une confusion sur ses origines, mais cette diversité est aussi l’une des réponses à sa définition. Vous me suivez ?

    Alors qui peut dire qu’il est gothique, si tous sont différents? C’est le cœur de cette contre culture. Comme je l’ai dit plus haut, vous avez vu que l’une des caractéristiques de la culture gothique est de le besoin de prendre la noirceur sous-jacente qui est en nous et de la ramener dans la lumière de telle façon que nous puissions l’identifier comme partie intégrale de nous mêmes pour le meilleur et pour le pire.

    Pour mieux comprendre ce qu’est la culture gothique, il est essentiel de savoir d’où elle vient. Elle existait avant qu’on l’appelle ainsi. C’est une sous culture qui est apparue, a prospéré et est morte seulement pour resurgir dans de nombreuses époques et dans de nombreuses sociétés. Ses adhérents ont toujours été la jeune intelligentsia, des gens frustrés et lassés par culture parentale. Une culture parentale qui à toujours été restrictive, hautement stratifiée en classes rigides, et intolérante avec les diverses pensées et écoles artistiques. A cause de cela, toutes les manifestations de cette contre culture ont été accueillies avec suspicion, hostilité et parfois agressivité de la part de cette culture parentale. Ce n’est que rarement que cette forme de sous culture fut accueillie comme il se doit et put croître, le seul exemple fut durant la Renaissance Italienne.

    La culture gothique, telle que nous la connaissons, apparaît en Europe de l’Est et en Amérique du Nord entre la fin des années 70 et le début des années 80. La contre culture était, et est toujours, dominée par une jeunesse insatisfaite venue de la classe moyenne, qui entrait à cette époque dans une nouvelle période de stabilité et de prospèrité. Les enfants des ces nouveaux riches, à la différence de leur parents, ressentirent un fort sentiment d’instabilité et de perte d’identité. Il n’étaient pas capables de concilier les nouvelles valeurs que la société essayait de leur inculquer avec leur perception d’eux mêmes en tant qu’individus. Le resserrement causé par la restructuration sociale les séparaient de leurs pairs des classes supérieures et inférieures, qui eux trouvaient leur place dans la société.

    Répondant à la confusion et la perte d’identité, une poignée des plus brillants et de la plus créative des progénitures de ces nouvelles familles prospères commencèrent à créer leur propre structure sociale. Il s’agissait d’une contre culture basée sur une synthèse d’éléments historiques, penchant lourdement sur les traditions dramatiques, les philosophies et les écoles de pensée telles celles qui étaient populaires dans l’Angleterre Byronnienne, l’Allemagne de la seconde guerre mondiale, et dans la génération Beat Américaine. Ils se surnommèrent eux-mêmes les Nouveaux Romantiques, puis rapidement adoptèrent le terme Gothique alors que la contre culture se répendait.

    Toujours plus que bipolaire par nature, à partir de 1981 alors que le mouvement atteignait son apogée, la culture gothique se divisa en deux factions distinctes, l’une Apollonienne et l’autre Dionysiaque. Chaque faction était une personnification des peurs mêlées et de la fascination que les gothiques ressentaient pour le côté obscur de l’héritage de leurs parents, l’élitisme et le faux sens de la morale supérieure. La différence reposait dans leurs façons d’exprimer leur sens de l’aliénation et de l’abandon.

    La faction la plus Apollonienne était principalement préoccupée par l’art et l’aspect philosophique de la culture gothique. Beaucoup étaient relativement non confrontatifs dans leurs moyens d’expression. Ils étaient dans la plupart des cas tous aussi obsédés par l’acte de création et d’appréciation de la littérature, de l’art et de la musique. Nombre d’entre eux tentèrent de légitimer leur sous culture aux yeux de la culture de leurs parents avec peu de succès. Parce qu’ils étaient considérés comme inoffensifs, même s’ils étaient des rêveurs morbides, ils étaient tolérés.

    La faction Dionysiaque embrassa la facette la plus hédoniste et parfois plus auto destructrice du mouvement. Leurs contributions à la culture gothique furent plus éphémères et moins faciles à définir en termes traditionnels de créativité, mais contenait toujours la hantise, l’esprit sombre de la contre culture. Quelques-uns des plus remarquables musiciens et penseurs gothiques appartinrent à cette faction. Etant plus confrontatifs dans leur expression personnelle, ils étaient considérés comme dangereux et indésirables par la culture parentale et ils le restent encore aujourd'hui.

    Le stéréotype moderne du gothique est une caricature tordue de la faction dionysienne qui capte la décadence et les tendances suicidaires de celle-ci, alors qu’elle passe à côté de son art subtil et de sa profondeur. Cette caricature ne tient pas compte de la totalité des gothiques, sans toute fois mentionner la totalité des gothiques comme un ensemble homogène.

    A partir de 1987, les deux factions du mouvement gothique ont quasi presque disparu, absorbées par la culture parentale. Leurs membres furent forcés d’accepter la conformité pour permettre leur survivance. Un pourcentage marginal de la communauté goth originelle fut capable de s’adapter à la vie d’adulte, demeurant essentiellement et visiblement eux-mêmes, tout en s’occupant toujours de conserver les revenus nécessaires pour faire face au prix grandissant du style de vie auquel ils furent accoutumés. A partir de ce moment, une nouvelle génération de jeunes insatisfaits avait déjà commencé à apparaître, basée sur ce qu’ils percevaient des gothiques dionysiens. Ils embrassèrent la noirceur et l’habillement malsain et eurent le sentiment que cette musique à part, arrogante, était écrite juste pour eux. Le style de vie type était aventureux et osait assez pour illuminer leurs imaginations déjà lassées.

    Les « Kindergothen » , avec relativement peu d'exception, étaient réunis par le rejet et le quasi désaccord  avec la culture de leurs parents et le reste de la communauté gothique. Les quelques gothiques originels qui essayèrent d’étreindre les nouveaux groupes rencontrèrent de la froideur et de la colère de la part des gothiques qui avaient déjà soit essayé de le faire et avaient été rejetés par les autres, soit entendu parler de ce rejet. Le schisme entre la vieille école et la nouvelle était élargi encore plus par les étiquettes de Poseur et de Faux Goth qui étaient brandis entre les factions.

    A dater des annés 90, l’art et la philosophie qui avaient conduits la culture gothique furent remplacés par une mentalité, des attitudes et un code vestimentaire. Les quelques gothiques de la vieille école restants et leurs protégés se réfugièrent dans l’underground, ils ne voulaient pas jouer un rôle dans la nouvelle émergence du mouvement gothique et refusaient d’avoir à faire avec ceux qu’ils considérèrent comme des prétentieux superficiels qui portaient plus d’attention aux médias et à l'image qu'ils véhiculaient des Gothiques. Ils virent les nouveaux gothiques comme un groupe de victimes de la mode qui n’avait rien à offrir d’autre qu’un code vestimentaire et une attitude négative. Les opinions des nouveaux gothiques concernant leurs ainés ne sont pas meilleurs.

    Ces dernières années, les deux écoles se sont emparées de l’Internet. Il est devenu à la fois une tribune pour la liberté d’expression personnelle et un champ de bataille entre eux. Assez bizarrement, l’avènement du libre accès au web à révélé dans la nouvelle école un courant de créativité et d’expression grandissants que la vieille école tient en haute estime. Les gothiques de la nouvelle école, ou les "Goffs" comme beaucoup d’entre eux ont commencé à s’appeler, sont devenus plus semblables aux originaux, ce que les différentes factions du schisme ne semblent vouloir admettre. Heureusement cette tendance continue de prospérer sur le web, apportant un sang nouveau et un regard neuf à la compréhension des gothiques sur les sombres courants de notre  société. Après tout, les plus belles fleurs ont toujours eu tendance à pousser dans la mauvaise terre, là où l’on ne les attendait pas...